(R)évolutions de la presse

Do you tweet, monsieur Drouin?

Do you tweet, monsieur Drouin?

Comment la presse a-t-elle évoluée au cours de ces trente dernières années? Olivier Drouin est journaliste depuis 1975. Spécialisé dans l’économie, il a entre autres exercé une dizaine d’années à l’Evénement du Jeudi, et travaille depuis quinze ans pour le magazine Capital. Il livre son regard sur les changements majeurs opérés depuis ses débuts dans le métier.

Avec l’avènement d’Internet et la mondialisation, le monde s’est rétréci, imposant aux journalistes des choix d’angles bien plus pointus. « Le temps d’Albert Londres est révolu! Avant, il suffisait de dire « je suis allé en Afghanistan » pour vendre un papier. Aujourd’hui on sait tout sur tout à l’instant T. Sans un angle extrêmement précis, rien ne se fait », affirme le journaliste.

Il faut être concis, rapide, avoir une présentation très attractive: « le journalisme, c’est l’inverse de la littérature! Tout ce qui peut être enlevé doit l’être au maximum, il faut aller à l’essentiel », précise Olivier Drouin. La volonté d’accrocher à tout prix le lecteur peut toutefois avoir un effet négatif, une tendance à la caricature, et à la « peoplisation ». En économie, on s’intéressait plus à la vie d’une entreprise. Maintenant, on s’attarde davantage sur les hommes, les conflits, comme l’a par exemple illustrée la saga Woerth-Bettencourt.

« Tout a changé: la forme, le fond, et les outils », déclare Olivier Drouin. Les journalistes, formés à la presse écrite qu’ils pratiquaient en quasi exclusivité, n’avaient aucune attention pour l’aspect visuel. Toutes les parutions étaient en noir et blanc, avec des articles très longs. Nulle notion d’esthétisme, et « aucune photo, on s’en foutait« , précise le journaliste. Les rédactions estimaient que tout ce que voulaient les gens, c’était lire un article. La presse ne connaissait pas la crise pendant les Trente Glorieuses. Dans les années 70, la plupart des lecteurs étaient fidèles. Sûrs d’avoir leur public, les rédactions « travaillaient sans faire attention à lui », note Olivier Drouin.

Et l’homme créa la télévision

En 1965, 40% des français sont équipés de téléviseurs. L’arrivée de la couleur une dizaine d’années plus tard rend la concurrence de plus en plus sévère. Les titres se multiplient, la donne est changée. Le traitement de l’information s’est accéléré et son aspect visuel prend de l’importance.

Les rédactions ont donc commencé à changer leur présentation. Elles portent leur attention sur le graphisme, incorporent des couleurs, des photos, éclatent un article en plusieurs, pour l’aérer. « Aujourd’hui la photo est parfois plus importante que l’article », affirme Olivier Drouin.

La télévision et plus tard Internet incitent les gens à zapper. L’intérêt doit être provoqué par leur regard, qu’ils posent un peu partout. Un article est devenu un ensemble d’éléments visuels qui incite à la lecture, et non plus un papier détaillant longuement le sujet traité.

Ces changements ont rendu les articles plus concis et incisifs. Il y a trente ans, il y avait une tendance à trop écrire. Les gens sont de plus en plus pressés, et lisent de moins en moins. Ils ne veulent plus voir un article commencer tout doucement et s’étaler sur des centaines de lignes.

L’avènement de l’hyper-information

Quid des sources? Le développement d’Internet a propulsé le monde dans l’hyper-information. Avant, la seule source d’information immédiate, c’était les télé-scripteurs d’agences de presse, et pour le fond, la documentation. Le dossier de presse était fondamental. Olivier Drouin a rédigé nombre d’articles uniquement sur cette base. Avec le net, les sources sont devenues bien plus nombreuses. « Le journaliste peut faire lui-même ses recherches, qu’il complètera avec la documentation. Cela permet de trouver plus rapidement des contacts et des thèmes pour un article, mais il faut y mettre un bémol: il y a un sérieux tri à faire sur tout ce qu’on peut trouver sur la toile », avertit Olivier Drouin.

Aussi, les personnes se livrent plus aisément. Les informateurs se sont habitués à parler aux journalistes. Avant, ce n’était pas dans l’esprit des entreprises de parler. En 2010, toutes les sociétés et personnalités ont leur service de communication. Il est donc plus facile de trouver ses interlocuteurs, encore faut-il réussir à « ne pas se faire enfumer, et à les coincer », ironise le journaliste.

Le monde s’accélère. Quelques dizaines d’années ont suffi à changer profondément la presse. 2008 en France, ce sont 34 millions d’internautes, avec une croissance annuelle moyenne de 9% depuis 2004, et presque 19% entre 2008 et 2009. Les innovations continuelles, le traitement de l’information qui évolue à travers tous les supports désormais proposés, peuvent être autant porteuses d’espoir que déroutantes pour le métier de journaliste.

Article rédigé en 2011 lors de ma formation à l’EMI-CFD menée avec brio par mon grand Maître Ô Marc Mentré qui suit de près l’évolution trépidante des médias.

3 réflexions sur “(R)évolutions de la presse

  1. Article très intéressant! J’ai moi même lu deux livres sur ce sujet : « le journalisme 2.0 » et « Les métiers de la presse : quelles activités ? quelles compétences pour demain ? » je te les conseille

  2. Pingback: (R)évolutions de la presse | Communicati...

Ouverte à l'échange, je serai heureuse de vous lire!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s