Le paradoxe d’Eve cherche l’harmonie masculin-féminin

crédit DR

Eve se joue des pommes de la tentation

Anne-Catherine Sabas est psychothérapeute d’orientation jungienne
( Synchronicité, remember?). Elle exerce en cabinet depuis une quinzaine d’années. Auteure d’ouvrages « psy » (Triomphez de la souffrance au travail, Libérez-vous par le pardon, Triomphez des manipulateurs, éd. Bussière, et Un canard dans mon cabinet, balade thérapeutique, aux éd. Ellébore), elle vient de publier un nouveau livre intitulé Le paradoxe d’Eve – éloge de la réconciliation chez Ellébore. Elle a donné une conférence à ce sujet, d’où a découlé un bel échange entre participants.

Il était une fois, la belle au bois dormant… C’est sur la base de ce conte qu’Anne-Catherine Sabas nous propose de réfléchir aux rapports hommes-femmes. Nul ne peut nier qu’en Occident, ces rapports ont considérablement changés en peu de temps. Le paradoxe d’Eve est « à la fois un roman et un essai psycho-philosophique dans lequel on trouve différents niveaux de lecture » nous informe l’auteure. Ah, ça semble un peu compliqué comme ça. C’est que les livres sur les enjeux masculin-féminin ne sont pas toujours bien légers. Mais elle, elle a voulu mettre « un peu de poésie là-dedans ». Chouette, j’aime la poésie. D’ailleurs, son livre lui-même a eu une double vie. Intitulé initialement « Homme réveille-toi, ils sont devenus fous! », la publication de son livre a du s’arrêter un mois après sa sortie. Anne-Catherine Sabas l’avait écrit quand « les hommes ne savaient plus où était leur place. » Avec une montée de la féminisation dans la société, l’homme se mettait de plus en plus en retrait, ce qui ne convenait pas nécessairement non plus à la femme. Cet ouvrage était davantage destiné aux hommes. Avec l’idée qu’ils trouvent une juste masculinité dans ce nouveau « visage » social, sans pour autant faire abnégation de ce qu’ils sont. La femme qui elle a du prendre des attributs masculins (compétition, force…) pour arriver là où elle est, souffre aussi de cette situation. Anne-Catherine a donc décidé de développer la place de la femme dans sa nouvelle version. Ainsi, après un sommeil de trois ans, son ouvrage revint à la vie sous le titre du paradoxe d’Eve.

La belle au bois dormant lue sous un regard Jungien

Revenons à la belle au bois dormant. L’histoire de cette princesse nouvelle-née a qui l’on jetât un funeste sort parce qu’une fée n’avait pas été invitée à la présentation de l’enfant. Fort heureusement, une autre fée qui n’avait pas encore « béni » le bébé a pu transformer ce sortilège initialement mortel en un sommeil d’un siècle, quand la belle se serait piquée avec une quenouille vous connaissez le tableau. « C’est le même principe qu’en psychothérapie », sourit Anne-Catherine Sabas, où « tout consiste à transformer les choses qui nous empoisonnent la vie ».

Le Paradoxe d’Eve se découpe en quatre parties aux terminologies jungiennes. Du peu que je connais de ce fameux dissident de Freud, je crois me sentir plus sensible à son approche (davantage portée sur un côté mystique) qu’à celle de son opposant. Pour Jung, comme le dit Anne-Catherine, « l’inconscient n’est pas une poubelle, mais nous permet au contraire d’accéder à la spiritualité, et porte à la réalisation de l’être. » Carl Jung a nommé l' »Anima » la partie féminine intérieure chez l’homme, et « Animus » la partie masculine intérieure d’une femme.
Anne-Catherine Sabas a fait le choix arbitraire de ces qualificatifs pour évoquer les genres.  Dans son livre, elle nous invite à être tour à tour la belle au bois dormant ou le prince charmant qui la réveillera de son sommeil séculaire. Qu’avons-nous abandonné au fond de nous, laissé en sommeil? Bien souvent les blessures, les plaies de nos petites vies. On les oublie, on les enfouit, parce qu’elles nous font mal. Mais la graine de ces souffrances sont pourtant là. Il nous faut trouver une certaine force (le prince) pour éveiller en nous ce qui dort, et sortir du rôle de victime passive.

Nous sommes tous à la fois Belle au bois dormant et prince charmant

Le paradoxe d’Eve nous propose donc de réunir ces deux parties que sont la belle endormie et le prince libérateur. Pour libérer la princesse, comme pour se libérer soi, nous devons nous affronter nous-mêmes, en faisant preuve de combattivité et de force. Un beau jour, le prince a reçu cet appel intérieur le poussant à sa quête. Le chemin sera semé d’embûches et de ronces, de douleurs, qui pour pouvoir être comprises et dépassées, impliquent de le faire aller à la rencontre de son intériorité pour avancer. Il doit écouter ses faiblesses et ses émotions pour arriver au bout du chemin.

La belle au bois dormant a sa part de responsabilité, elle aussi. Comment en est-elle arrivée là, endormie pour cent longues années? Peut-être devrait-elle se poser la question de développer son côté « animus » pour sortir du schéma femme = victime, et l’homme  de son « anima » pour dépasser le schéma homme = oppresseur. Ce qui ne veut pas dire que la femme doive renier son essence et devenir un homme ou vice-versa. Juste à aller puiser dans les qualités proches à chaque genre pour enrichir et équilibrer sa personnalité. Et être en phase avec le sexe opposé.

L’ouvrage aborde aussi la question de la culpabilité judéo-chrétienne qui nous a coupés de nos sens, nos instincts, nos émotions et notre sensorialité au profit d’une logique rationnelle et pragmatique. Le fameux cerveau gauche contre cerveau droit. Or pour arriver à un équilibre intérieur, nous devons acquérir une capacité d’écoute et de résonance avec l’autre de façon compatissante et sans jugement. Et pour cela, nous devons nous écouter nous-mêmes, renouer avec soi. La thérapie fait apprendre à prendre soin de soi, à écouter ses faiblesses quand parfois l’on se croit invulnérable.

Une personne de l’assistance demande « quelles sont les qualités masculines que la femme doit développer pour trouver son équilibre? » Anne-Catherine Sabas de répondre: « C’est différent pour chaque femme. Chacune  doit aller rencontrer son masculin intérieur. D’un côté comme de l’autre, il faut trouver un équilibre. Développer trop de masculinité ou de féminité représente un danger. Nous avons la réponse à travers le miroir de nos vies » poursuit-elle. « En général, nous le sentons. Si l’on est confronté à trop de quelque chose, il nous faut aller chercher des qualités pour contre-balancer ce trop-plein. » Encore faut-il avoir l’accès à soi. Certaines personnes se sont totalement coupées d’elles-mêmes et doivent souvent apprendre à se ré-apprivoiser.

L’équilibre commence par soi

C’est bien de chercher l’équilibre masculin-féminin, mais c’est oublier le déterminisme biologique, qui nous définit psychologiquement. Et là, le rapport n’est pas simple! Tous les êtres humains sortent du ventre de leur mère. Pour les femmes, l’homme est toujours extérieur. Un homme qui fait l’amour à une femme, lui, rentre dans le corps d’une femme dont quelque part il vient… Tous les voyages que l’homme peut faire vers le féminin ou vice-versa s’arrête à la frontière irréductible de la barrière biologique. La sexualité de la femme fait peur. Elle a été brimée pendant très longtemps pour la simple raison qu’un homme ne peut être sûr à 100% d’être le père de son enfant, elle peut avoir plusieurs orgasmes à la suite… Songez à Lilith qui fût chassée de l’Eden parce qu’elle voulait faire l’amour à son homme d’Adam au-dessus de lui…

Quoiqu’il en soit, tout commence par soi, par la princesse et le prince que nous sommes tous. Nous devons nous demander quelle féminité-masculinité aller chercher pour compléter notre autre part. Apprendre à se demander si ce monde et la vie que nous avons nous conviennent. Se questionner soi-même avant de chercher les causes extérieures, se mettre en mouvement en conséquence. Et se souvenir que dans chaque crise, même dans la colère, nous pouvons voir une opportunité de nous changer.

Au-delà d’une question de genre, le paradoxe d’Eve, c’est une volonté d’exprimer la besoin de « remettre les choses en mouvement, de remettre de la vie là où les choses dormaient depuis cent ans… Encore faut-il être prêt à le faire! » sourit Anne-Catherine. « Mais lorsque ce choix est fait, la vie s’en charge », ajoute-t-elle, « il suffit d’accepter le défi de la vie et d’être emmené on ne sait où. Réveiller la belle endormie, sortir de la passivité, arrêter d’attendre que quelque chose se passe pour réveiller sa vie. La vie est partout, regardez ces brins d’herbe qui poussent entre les dalles! » s’exclame la psy.

Peut-être que si nous étions nombreux à chercher à composer avec nos parts de masculinité et de féminité intérieures, à trouver les qualités de chaque genre pour y faire notre propre équilibre, en allant chercher au fond de soi force, courage, mais aussi sensibilité et émotions pour les exprimer, les rapports entre hommes et femmes s’en trouveraient apaisés et enrichis. Enfin nous pourrions sortir de ce rapport pluriséculaire de « dominant-dominée ». Que le Paradoxe d’Eve nous aide à avancer sur ce chemin!

6 réflexions sur “Le paradoxe d’Eve cherche l’harmonie masculin-féminin

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    • mais je t’en prie, tu le mérites! même si tu ne te relis encore pas assez ma chère!… Penses-tu à imprimer tes papiers pour les relire? C’est plus facile d’y voir des erreurs 😉 ou si tu veux je peux t’aider à le faire! En tous cas ce n’est que du détail, je te dis encore BRAVO sincèrement 🙂

Ouverte à l'échange, je serai heureuse de vous lire!

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