Stromae mène sa musique à la baguette électro-magique

crédit DR

Avec son petit piano, il sait jouer des notes et des mots

Souvent je me dis que je ne suis pas de mon temps. Parce que je suis lente, que je préfère lire un livre en papier qu’un e-book, rencontrer les gens en vrai plutôt que sur Twitter, ou recevoir une lettre plutôt qu’un e-mail. Je préfère le bois ou les pierres au silicone ou au béton. Encore une digression introductive pour en venir aux fées faits. Sur la page Papier Musique, j’ai écrit rapidement mon parcours d’écoute musicale à travers les âges. Ce que je n’ai pas dit, c’est que pendant très longtemps, j’ai détesté l’électro. Mais vraiment, salement. Autant j’aimais bien les boîtes à rythme des airs souvent pourris des années 80, autant ce qui a commencé avec la dance, house etc dans les 90’S me repoussait au plus haut point. Un semblant de rythme trop saccadé, trop de bpms et vous me voyiez fuir à toutes jambes en me bouchant les oreilles et hurlant. Je trouvais déplorable que les instruments de musique et les humains qui en jouaient se voyaient remplacés par des machines. La musique perdait de son âme. Trop de répétitions, pas assez de mélodie, ça tape ça tape dans ma tête, c’était insupportable!

Mais étant toujours curieuse jusqu’à la moelle, j’ai évolué dans mon dégoût. Un beau jour je me suis prise à taper du pied et bouger ma tête sur je ne sais quel air qui m’aurait fait détaler quelque temps avant. Bon je ne suis jamais allée jusqu’à la hard-tech ou je ne sais quel style obscur que je ne saurais nommer. C’est comme le fromage, depuis que je suis née, je n’ai jamais aimé. Et puis mon goût a changé, je ne vous raconte pas la tête de ma soeur la première fois qu’elle me vit manger de la raclette. Mais mon ouïe s’est assouplie grâce à quelques talentueux artistes électro qui m’ont fait systématiquement mettre debout pour danser. Et ressentir des émotions. Car je crois que c’est cela qu’il me faut par dessus tout, quelle que soit l’oeuvre, c’est être touchée, sentir quelque chose dans mon coeur.

Je n’ai jamais lu les critiques. Et cet article n’en est pas une. Juste un moyen de rendre hommage à un grand talent belge dénommé Stromae. Je suis tombée sous le charme dès ses débuts, récents mais explosifs. Son premier album Cheese, sorti en 2010 et concocté dans sa chambre, s’est vendu à plus de 200000 exemplaires un peu partout sur la Terre. Vite comparé à Jacques Brel, puisque belge et avec des chansons à texte, personnellement il me fait plus penser à un Gainsbourg ou un Higelin dans l’écriture, par les jeux de mots, avec les sons, les double-sens et une ironie certaine.

Je parlais de Stromae il y a peu avec ma soeur. J’ai essayé de lui faire écouter la chanson Papaoutai, issu de son album Racine Carrée qui est sorti aujourd’hui même,  en m’extasiant sur son talent.

D’autant que nous sommes quelque peu concernées par le sujet. Mais tout ce qu’elle m’a dit c’est qu’elle avait un peu de mal avec les gros rythmes répétitifs de ses mélodies. C’est précisément ce que je détestais avant, mais que j’adore aujourd’hui dans la musique de Stromae. Va comprendre Charles.

Bon. Il faut que je lui fasse écouter le reste de l’album en osant croire qu’elle changera d’avis. Car Racine Carrée, le nouvel opus, est bien plus teinté de mélodies que Cheese. Même si Stromae tient à asséner ses rythmes qui couplés avec ses mots, donnent un effet du feu de Dieu. Oui je pèse mes mots. Je suis in love de ce maestro des mots et de sa musique bien à lui.

Sur des airs de fête, légers ou de grosse party night, il parle souvent de choses sérieuses, parfois graves, tristes, mais drôles aussi. Un style corrosif, bourré d’énergie et de vie qui fuse en tous sens.  L’artiste aime glisser sur la vague des sens (ou devrais-je dire d’essence haha). Il a teinté son album de riffs afros entêtants.  Comme pour ce déjà tube Papaoutai. Subtile contradiction entre la mélodie légère et guillerette et les paroles qui pleurent l’absence d’un papa. Il y va franco le Maestro avec ses mots. Une chanson titrée Bâtard, ça annonce la couleur. D’abord un chant quasi tribal, et un texte qui fait penser au marabout bout d’ficelle de notre enfance ou au Marabout de Gainsbourg:

Rien du tout, ou tout tout d’suite, du tout au tout indécis, ah tu changes d’avis imbécile, mais t’es hutu ou tutsi, flamand ou wallon, bras ballants ou bras long, finalement t’es raciste, mais t’es blanc ou bien t’es marron? Ni l’un ni l’autre, le bâtard où tu es, tu l’étais et tu le restes!

Les racistes, les orgueilleux, bref les cons n’ont qu’à bien se tenir. Je me vois bien chanter le refrain à tue-tête à son prochain concert.

Après le rythme afro de Papaoutai, Stromae continue de nous faire voyager en rendant un très bel hommage à Cesaria Evora. Je me souviens du concert de la chanteuse au pieds nus, et comme son âme serre votre coeur contre le sien. Première fois que l’on entend une voix féminine dans un des titres de Stromae. Sa petite déclaration d’amour, « o saudade, saudade di minha Cesaria », c’est beau:

Ave! Cesaria, chapeau pour la route à pieds, nus et nus étaient, diva aux pieds nus restera…

J’adore le titre suivant, Tous les mêmes. Drôlissime. Stromae a revêtu sa peau de femme et s’adresse à son homme. Il a su mettre le doigt sur tous les clichés féminins, avec une bonne dose d’humour, le tout sur un rythme de salsa qui invite à la danse. Tous les travers de la femme torturée sont évoqués:

Facile à dire je suis gnan-gnan, et que j’aime trop les bla-bla-bla, mais non non non c’est important, ce que t’appelles les ragnagna, tu sais la vie c’est les enfants mais comme toujours c’est pas le bon moment, ah oui pour les faire t’es présent mais pour les élever y aura des absents (…) moche ou belle, c’est jamais bon, bête ou belle, c’est jamais bon, belle ou moche , c’est jamais bon, moi ou elle, c’est jamais bon.

Avec Formidable, Stromae a déjà fait un carton avec son clip visionné plus de 17 millions de fois sur YouTube. Je pense qu’on aime Stromae parce qu’il est tout proche de nous. Ce clip a été tourné en caméra cachée alors que l’artiste était dans un sale état. La chanson du mec qui vient de se faire larguer et qui vomit sa rancoeur sur la foule. J’ai connu ça.

Bon, c’est pas le tout mais je me rends compte que je suis vraiment trop longue parfois. Je vais donc éviter d’évoquer chaque chanson même si ça vaudrait le coup. Je ne voudrais pas vous ennuyer de trop. Mais quand même, j’admire la pudeur brute qui transparait parfois de ces morceaux. Comme dans la chanson Quand est-ce… Il s’adresse à quelqu’un qui n’en est pas un de quelqu’un, mais une sale maladie dont il se demande qui est le prochain, en jouant sur les allitérations et assonances… Ou les moules frites que Paulo aime sans frites et sans maillot mayo…

Ah oui et aussi, quand même, j’ai adoré Carmen. Sur l’air de prendre garde à toi avec des presque fausse notes, Stromae met une claque à l’individualisme exacerbé qu’engendrent les réseaux sociaux:

« D’abord on s’affilie, ensuite on se followe, on en devient fêlé, et on finit solo. Prends garde à toi, et à tous ceux qui vous likent, les sourires en plastique sont souvent des coups d’hashtag.

Hommage à la superficialité du web, qui pousse l’ego à l’extrême:

Prends garde à toi, si tu t’aimes, prendre garde à toi, si je m’aime, garde à nous, garde à eux, garde à vous et puis chacun pour soi, et c’est comme ça qu’on s’aime, comme ça consomme

Et dans Humain à l’eau, je me prosterne, car Stromae utilise le barrissement de l’éléphant, mon frère animal. Bon au delà de ça il met encore une claque à la connerie humaine, à gros coup de rythme et de mots tranchés:

Mais petit modernisé, pourquoi tu m’parles mal, je respecte les pygmées, donc respecte les Masais (…) La culture de la bêtise, de ça oui je suis raciste (…) Touche encore un poil à ma forêt, ton pénis j’en ferai une bûche

Racine Carré est un album nomade, où se mêlent les influences, les humeurs lourdes ou légères. Quelques morceaux m’ont rappelé d’autres musiques que là comme ça je n’arrive pas à retrouver. Voilà, une pépite de créativité, des rythmes et des mélodies qui me font frissonner, danser, battre le coeur. La racine carrée de Stromae a touché les miennes de racines, et il n’est nul doute qu’elle en touchera bien d’autres.

12 réflexions sur “Stromae mène sa musique à la baguette électro-magique

  1. Pingback: Peau-aime façon 3 ptits chats | Laissez parler les ptits papiers...

  2. Découvert il y a deux ans sur scène (tardivement ok, jsuis pas une rapide…), j’ai été subjuguée par le personnage d’abord, prise par les rythmes ensuite, séduite par les paroles enfin…
    Merci Julie pour cet article qui va me renvoyer à la médiathèque emprunter Racine carrée!

  3. On comprend bien ta réponse sur Sublimation. Tu n’y connais absolument rien et ta critique ici est pathétique.
    On croit lire le blog d’une collectionneuse de Bisounours.
    Mais je vais m’arrêter là, je pense que tu dois avoir moins de 20 ans. (c’est pas possible autrement)

    • Ha ha ha, je l’attendais celle-là! Et oui mon ami, tout le monde n’est pas empli de rancœur de mépris et d’amertume comme toi et les tiens!

      Comme tu n’as pas du le lire, j’ai bien précisé que l’article n’est PAS une critique!

      Et puis collectionneuse de bisounours si tu veux, je ne le prends pas comme une insulte et je vis mieux dans mon pays qu’au royaume des aigris! Dans mon pays on n’insulte pas les autres à coup de neuneu inculte frustrée sexuelle ou branleuse.

      Oui j’ai 10 ans, et tartagueule à la récré.!

  4. Pingback: Chronique du sexisme ordinaire sur la toile | Laissez parler les ptits papiers...

Ouverte à l'échange, je serai heureuse de vous lire!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s