Chansons et textes de Boris Vian

Il habitait cité Véron, à côté du Moulin Rouge. A l’époque où les musiciens comme Gainsbourg qui en ce temps se faisait

crédit @JulienGrix @flickr

Boris Vian pétrifié aux Trois Baudets

appeler Julien Grix se vendaient au jour le jour sur la place Pigalle. Un peu comme les femmes d’à côté… J’ai grandi dans ce quartier. Je suis même allée jusqu’à escalader des murs de la cité Véron pour aller

au pied du fameux moulin écarlate. J’avais 14 ans je crois. C’était magique, j’étais avec une amie. Nous nous sommes approchées de la rambarde. Nous voyions tous ces touristes en train de mitrailler. Mais nous avions l’impression qu’eux ne nous voyaient pas, c’était très étrange! Personne n’a eu l’air surpris, pourtant nous étions bien là. Nous avons pensé à la tête qu’ils feraient en développant leurs photos. C’était aussi ça, le charme de l’argentique. L’élégance de la surprise.

Croyant en la mémoire des lieux, j’ai toujours aimé penser que je prenais un peu de leur énergie en foulant les rues que de grands esprits artistiques avaient eux aussi parcourues. J’ai d’abord découvert Vian à l’adolescence à travers ses mots, en lisant L’herbe rouge. J’ai adoré le style décapant et l’imagination débordante de ce génie parti trop tôt. J’ai dévoré quelques-un de ses bouquins et bien ri en lisant ses chroniques.

Puis j’ai découvert sa musique. Son amour pour le jazz quand il arrivait sur le vieux continent. J’ai fini de tomber amoureuse de lui. Avec ma soeur et parfois mon frère, on prend un plaisir fou à chanter On n’est pas là pour se faire engueuler ou J’suis snob. Si on on entend Fais-moi mal Johnny chanté par la belle Magali Noël avec soeurette, on frôle l’hystérie!

Pierre Drouin, alias Philidor, aimait le jazz tout autant que Vian. Ce dernier a d’ailleurs salué le goût du critique sur tous ces musiciens qu’il évoquait dans Le MondeMon cher tonton m’a retrouvé ledit texte paru dans le numéro de la revue Jazz Hot de juin-juilllet 1948 que je me fais l’honneur de replacer ici :

Je n’ai pas l’intention de recommencer, cette fois, l’analyse des échos et choseries parues à propos de la semaine du salon du jazz, à Marigny, mais je mentionnerai cependant Pierre Drouin, et pas pour le maltraiter du tout. Le Monde a été le seul journal à publier quotidiennement des comptes rendus intelligents de cette manifestation. La croix de guerre au soldat Drouin.

En bons férus de jazz qu’ils étaient, ils se sont sans doute croisés plus d’une fois dans les caves de Saint-Germain… A quel point ils se sont connus, je n’en ai aucune idée malheureusement. Je n’ai jamais eu l’idée de lui poser la question et il n’est plus là pour me répondre.

Tout ça pour dire que je vous ai dégoté de derrière les fagots un article de Philidor sur un disque de Vian paru dans Le Monde du 11 janvier 1965. Encore un bel hommage, et ce style incisif que je lis et relis avec grand plaisir, d’autant plus que j’admire en tous points le grand Boris Vian. En avant la musique…

Chansons et textes de Boris Vian

Du temps qu’il promenait sa maigre silhouette de Pierrot dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, on regardait Boris Vian comme une sorte de dilettante de l’anarchie, de poète oblong aussi à l’aise pour cracher des notes dans sa trompette que sur les tombes de Vernon Sullivan.
Après sa mort, on a rouvert ses livres et on s’est frotté les yeux. Dans l’Ecume des jours, dans l’Arrache-Coeur, il y avait bien autre chose que les divagations d’un rêveur un peu triste. On a monté quelques-uns de ses textes en spectacle. Un Américain lui a consacré une thèse. C’est un disque, cette fois, qui exhume quelques-unes de ses chansons qu’on nous présente sous ce titre à la Queneau : Pas avec le dos de la Q.I.R. (1).
Des refrains décapants pour la plupart, certains déjà ressortis de cartons grâce à la télévision, comme Ne vous mariez pas ou J’suis snob ; d’autres difficilement comestibles par l’O.R.T.F., comme le Prisonnier, du genre atroce, et le Fêtard, au verbe fort libre. Autres styles encore avec Des tas d’cadeaux , qui rappelle l’Inventaire de Prévert, et ce merveilleux Blues pour Jean Martin, la fraîche histoire d’un homme qui travaillait comme comptable dans une quincaillerie en gros…
C’est Béatrice Moulin qui chante. Elle est de bout en bout à la hauteur de la situation pourtant périlleuse où la mettent ces proses allant de l’émerveillement naïf aux gouttelettes corrosives. Une voix qui porte bien les mots, qui ne  » chinoise  » pas, précise et ferme. On ne s’ennuie pas une minute avec ce programme qui, en manière d’entractes, a prévu de courts textes dits par un Yves Robert laissant tomber les mots comme un couperet.

(1) Productions disques Adès, 141, rue Lafayette, Faris-10e, 33 t., 30 cm., VS 587.

Philidor

Le joli site officiel de Boris Vian

2 réflexions sur “Chansons et textes de Boris Vian

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